Nous sommes le 15 déc. 2017 6:30

Heures au format UTC+02:00




Poster un nouveau sujet  Répondre au sujet  [ 1 message ] 
Auteur Message
 Sujet du message : Pour l'amour de Marie-Jeanne
MessagePosté : 05 août 2015 15:42 
Dix-sept ans se sont écoulés depuis les noces de Marie-Jeanne et de Guillaume.
En ce matin de mai Marie-Jeanne est pensive
Avant-hier Guillaume est parti en voiture pour Paris, accompagné de Pierre, leur ami.
Ils sont associés depuis trois ans et sont devenus très intimes..
Les deux hommes ont en tête un projet de vente d’automobiles qui devraient sortir le couple des difficultés financières que connaît leur entreprise.
Pendant ces dix-sept ans de mariage Marie-Jeanne et Guillaume ont travaillé dur.
Leur esprit d’entreprise et leur âpreté au gain leur ont assuré une belle aisance matérielle. Ils sont maintenant à la tête d’une entreprise moderne. Ils habitent avec leur quatre enfants une grande maison , qu’Angèle leur domestique entretient avec un dévouement sans faille..
Depuis quelques temps Marie-Jeanne a des problèmes de santé. On lui a ôté un rein . Elle a besoin de repos et d’un suivi médical continu .Se déchargeant des soucis de la maison sur Angèle, Marie-Jeanne lit beaucoup. Surtout des romans d’amour qui la distraient des soucis qui assombrissent Guillaume : les dettes qui s’accumulent, les procès, les critiques.Marie-Jeanne rêve…Elle rêve d’une vie meilleure, d’amour courtois, de l’insouciance que donne la richesse…Quand les soucis du quotidien la ramènent à la réalité, Marie-Jeanne sent la désillusion noircir son horizon.
Heureusement, il y a Pierre, l’ami enjoué et bienveillant. Un notable dont le prestige nimbe le couple d’une aura de respectabilité.
Pierre vient souvent dormir à la maison. Il y a sa chambre et ses habitudes. C’est un familier que chacun est habitué à voir aller et venir lorsque les affaires communes l’exigent.
Récemment Pierre a prêté de l’argent à Guillaume. En contrepartie, Guillaume, passionné de mécanique a laissé en gage à Pierre une Cadillac achetée aux stocks américains après la guerre de 14-18. Les deux hommes en sont venus à un projet de commerce de voitures d’occasion.

Vendredi dernier , Pierre et Guillaume sont partis ensemble, au volant de la Cadillac, en direction de Paris, où ils devaient conclure une affaire avec des partenaires parisiens.
En ce dimanche matin frisquet alors que le vaillant soleil de mai commence tout juste à zébrer les persiennes, Marie-Jeanne pense aux deux hommes. Où en sont-ils de leur périple ? Elle n’a aucune nouvelle.
Justement, on toque à la porte. La bonne qui s’affairait dans la cuisine à préparer le café du matin va ouvrir :
- « Monsieur Pierre ! » s’exclame-t-elle ! « Quel vent vous amène de si bon matin » , lui demande-t-elle en breton ? « Mais entrez vite, il fait froid ».Le col de son manteau remonté jusqu’aux oreilles Pierre répond en breton à l’invitation d’Angèle, tout en essuyant soigneusement ses semelles sur le paillasson.
Au son de cette voix, Marie-Jeanne se lève promptement, s’habille de sa robe du dimanche, se coiffe joliment et descend aux nouvelles :
-« Pierre ! »
-Vous êtes de retour !
-Mais où est Guillaume ? »
***
Guillaume s’est réveillé de bon matin dans un hôtel de Pré en Pail où il a passé la nuit après une journée éreintante. La Cadillac a enchaîné pannes sur crevaisons et tous ces incidents ont comprmis le rendez-vous d’affaire de samedi matin à Paris.
Guillaume a déposé Pierre vendredi soir devant la gare de Dreux pour qu’il saute dans le dernier train pour Paris. C’était la dernière chance de sauver les meubles d’une négociation bien mal engagée. Guillaume a fait son possible pour rallier Paris dans la nuit en voiture. Mais les incidents mécaniques se sont multipliés et de guerre lasse il a décidé de rentrer en Bretagne car la Cadillac est décidément invendable.
Il a consacré la journée de samedi à remettre la voiture en état de faire le voyage du retour.
Très tôt ce dimanche 27 mai 1923, Guillaume, au volant de la Cadillac, prend la route de Morlaix.
Guillaume est inquiet. Après de multiples disputes avec Pierre qui ne supportait pas tous ces incidents mécaniques, il a senti que son ami avait abandonné l’affaire. Certes il lui a donné rendez-vous éventuellement à l’Hôtel de Normandie. Mais il l’a surtout encouragé à rentrer en Bretagne.
***
Lorsqu’ils sont arrivés cahin-caha, vendredi soir à Houdan, après une dernière réparation de fortune, les deux hommes ont compris que le retard pris était trop grand et l’arrivée à Paris à temps très aléatoire à cause de l’état de la voiture. Ils ont décidé de dîner au Plat d’étain. Pierre a pu téléphoner juste avant la fermeture du standard à 21h. Le restaurant allait fermer. Ils ont diné rapidement. Pierre a sorti un Cheix de sa serviette et a calculé qu’il était encore temps de filer à Dreux pour attraper le dernier train pour Paris. Il alors pris le volant et a foncé en direction de Dreux. Guillaume qui somnolait à ses côtés a été brutalement réveillé par un coup de freins : Pierre a failli emboutir les barrières de la gare de Houdan. Le chef de gare qui était là les a remis dans la bonne direction
Vendredi, tout le long du voyage, Pierre , pourtant habituellement si affable, s’est montré désagréable, méprisant, volontiers caustique. Monsieur le conseiller général n’a jamais voulu se salir les mains ni risquer de tâcher son costume. Guillaume a pris en plein visage le mépris de son compagnon. Guillaume est d’autant plus contrarié que lorsqu’ils se sont séparés à Landerneau, Pierre avait prévu de se rendre en train à Paris où il envisageait un séjour d’un mois pour mettre au point leur affaire de commerce de Cadillac. Si seulement il avait pu faire seul le voyage à Paris, il y serait allé à son rythme, aurait pu ménager la voiture et il serait très probablement arrivé à bon port. Mais les réflexions et les reproches de Pierre l’ont irrité et il est vrai qu’il a un peu perdu ses moyens.
Pour Guillaume, la tournure qu’ont pris les événement est source d’anxiété.
Toute cette affaire c’est pour l’amour de Marie-Jeanne qu’il l’avait montée. Il voulait la rendre riche, insouciante, heureuse…
Non seulement l’affaire en or se volatilise , mais Pierre peut, en plus, lui réclamer les 15000 francs qu’il lui a prêtés puisque la voiture qu’il lui a laissée en gage est hors d’usage.
Guillaume n’a pas aimé cette excitation de Pierre, cette urgence à récupérer des fonds cette insistance à leur vendre Traou-Nez à un prix bradé. Et si Pierre faisait tout cela pour éblouir Marie Jeanne ? Il sait la faire rire, elle, si déprimée depuis quelques temps. Il a su la persuader d’acheter Traou-nez où, grâce au prix qu’il leur a consenti, elle pourrait mener une vie de châtelaine.
Par ailleurs Pierre prétend vouloir se consacrer à cette vente de Cadillac. Mais depuis quelques temps Guillaume se demande s’il ne s’agit pas d’ un plan B. Il sait que son ami a l’ambition de devenir directeur de banque. Il a été pressenti pour entrer au conseil d’administration de la toute jeune BPC. Pour cela aussi il lui faut des fonds. Il leur vend Traou-Nez pour 100 000F. Juste la somme exigée pour la réalisation de ses prétentions .
Guillaume aime Marie-Jeanne, plus que lui-même, quasi religieusement. Il sent confusément que son associé tend à s’auréoler d’un brillant phallique pour parader auprès de Marie Jeanne.
N’a-t-il pas fait le joli-cœur en cueillant ce bouquet de marguerites pour Marie-Jeanne lors de leur visite de sa propriété…
Guillaume est pressé de rentrer chez lui.
***
Les bras écartés en signe d’accueil autant que d’ admiration devant la beauté de Marie-Jeanne, Pierre s’avance vers elle.
-« Guillaume va arriver.
- Nous avons eu pas mal d’avaries avec la Cadillac.
-Guillaume va la ramener au garage pour la faire remettre en état par votre mécanicien. Moi je suis rentré en train. J’ai voyagé toute la nuit ! Puis-je monter faire un brin de toilette ? »
-« Bien sûr Pierre ! Nous allons vous faire du café. Je vous attends dans la salle à manger. Vous m’expliquerez tout cela »
Tout en faisant ses ablutions Pierre repense aux évènements de ces derniers jours.
« Décidément ce Guillaume est un incapable … Marie-Jeanne mérite vraiment mieux.
Je vais me consacrer à l’obtention de ce poste à la de banque. »
Il taille sa moustache, refait sa raie de coté, lisse ses cheveux et s’asperge d’eau de Cologne qu’il a toujours dans sa trousse de toilette.
Pierre est toujours célibataire. Entièrement donné à son commerce et à la politique il n’a jamais été sur de rencontrer la bonne personne.
« Guillaume ne sera pas capable de me régler la somme de 35 000 francs qu’il me doit encore pour Traou-Nez » pense-t-il.
« il faut que j’en parle avec Marie-Jeanne » se dit –il. « Si mon beau-frère me rend l’argent que je lui ai prêté je pourrai laisser à entendre à Marie-Jeanne que je tiens telle ment à son bonheur que la question d’argent ne sera pas un problème. »
« Mais je n’ai pas pu récupérer le chèque de Jean. Je suis passé à la poste hier, à Paris, mais la lettre chargée n’était pas arrivée. Bah ! elle n’est pas perdue… »
Pierre descend à la salle à manger. L’odeur du café d’Angèle dilate ses narines et il apparait, la moustache conquérante, le sourire enjôleur et l’humeur printanière.
Il raconte à Marie Jeanne l’épopée qu’a été la tentative de livraison de la Cadillac à Paris.
Marie-Jeanne s’inquiète du sort de Guillaume qui n’est toujours pas de retour. .
«-Pas de souci Marie-Jeanne, il va rentrer votre Guillaume… » lui assure Pierre, jovial, en lui tapotant l’épaule dans un geste qui se veut rassurant et convaincant.
«- Mais notre projet a capoté. Il faudra que l’on reparle des retombées financières. »
« -Nous en reparlerons lorsque Guillaume sera rentré. » propose Marie-Jeanne.
«- S’il n’est pas possible de vous acheter Traou-nez, annulons la vente. Rendez-moi les dollars que je vous ai avancés. Nous trouverons une autre opportunité quand les affaires iront mieux. »
-« Oh ! non ! Marie-Jeanne c’est vous que je veux chez moi.
- Je vous aime Marie-Jeanne. »
Pierre se lève entoure le cou de la jeune femme de son bras, lui baise les cheveux. Marie-Jeanne qui était assise à ses côtés se lève à son tour, promptement, de sa chaise, s’écarte de Pierre, repousse son bras, interloquée.
Il lui enserre la taille, cherche ses lèvres.
-« Ah ! non ! Pierre :pas vous ! ».
Il essaie de dégrafer son corsage.
-« Arrêtez Pierre, ou j’appelle ! »
Le cri est strident.
Angèle accourt. Petit-Guillaume grimpe sur le rebord de la fenêtre. Il voit l’ami de ses parents sur le parquet, recroquevillé sur lui-même, inerte, un filet de sang s’écoulant de son front.
-« Ce n’est rien lui dit sa mère, c’est un accident, on va le soigner, va jouer avec ton frère. »
Le garçon de douze ans voit sa mère livide , Angèle affolée. Son subconscient lui dit que c’est plus grave que ce que sa mère prétend, mais il obtempère.
-« on a voulu faire du mal à Maman » pense-t-il.
Marie-jeanne et Angèle parviennent à allonger Pierre sur le canapé. Le recouvrent d’une courte pointe. Il va peut-être revenir à lui. Si ça ne va pas mieux nous irons chercher le docteur. Guillaume va bientôt arriver.
Mais Pierre ne revient pas a lui. Il s’est subitement cyanosé puis a cessé de respirer. Marie-Jeanne est tétanisée, Angèle affolée.
***
La Cadillac surgit dans la cour.
-« Guillaume ! »
Marie-Jeanne se jette en larmes dans les bras de son mari.
-« Que se passe-t-il ?
-« Un terrible malheur vient d’arriver. »
Marie-Jeanne est secouée de sanglots, de hoquets. Elle ne peut pas parler. C’est Angèle qui explique.
-« Le traître !
-J’en étais sûr !
-Que t’as-t-il fait exactement ? »
Marie-jeanne secoue la tête, incapable d’expliquer
Guillaume soulève la courtepointe qu’Angèle a tiré sur le visage du trépassé.
Guillaume est incrédule, sonné, effondré.
Pierre, son associé, son ami, est là, dans sa salle à manger…Inerte, mort, assommé par son épouse.
« Elle n’a fait que se défendre ce n’est pas sa faute. C’est ce traître le coupable. » pense-t-il.
Vite, protéger Marie-Jeanne, sauver la famille, abandonner ce criminel à son sort.
D’abord enjoindre à leur fils et à la bonne de ne rien dire de cet accident qui pourrait conduire la famille à la ruine. Angèle qui a tout entendu et qui a pris le parti de ses chers patrons emportera son secret dans la tombe.
Ensuite inhumer le corps, en grand secret .
Pour sauver les dollars-or déjà engagés par une remise des pièces de la main à la main, juste avant ce voyage, il faudra retaper les promesses de vente en modifiant les montants pour les ramener au restant dû.
La famille de Pierre s’inquiète de sa disparition : égarer les recherches du côté des départs des paquebots transatlantiques…
***
Guillaume s’est fait prendre.
Il a pris sur lui toute la responsabilité de cet homicide involontaire pour l’amour de Marie-Jeanne.
Il ne pouvait pas se défendre sans attirer l’attention de la justice sur Marie-Jeanne. Fort de son innocence il laisse les soupçons de la police s’égarer sur lui.
Il a mis en avant , comme une poudre aux yeux, la notion de trafic de Cadillac : un conseiller général ne saurait être mêlé à une affaire aussi sulfureuse… On allait le laisser tranquille…
Il fait confiance à la justice pour le déclarer non coupable d’un crime qu’il n’a pas commis.
Mais la Justice n’a pas compris.
La sanction sera sévère : le bagne à perpétuité…
Marie-Jeanne fera de son mieux pour élever les enfants.
Elle meurt prématurément d’épuisement et de chagrin.
A son retour du bagne Guillaume se consacrera à seconder ses enfants et ses chers petits enfants. Mais le terrible secret de famille ronge la cohésion familiale.
Ce secret de famille c’est une tragédie : un drame de l’amour et de la fidélité.


Haut
   
Afficher les messages postés depuis :  Trier par  
Poster un nouveau sujet  Répondre au sujet  [ 1 message ] 

Heures au format UTC+02:00


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas modifier vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages
Vous ne pouvez pas joindre des fichiers

Rechercher :
Aller à :  
cron
Développé par phpBB® Forum Software © phpBB Limited
Traduit par phpBB-fr.com