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 Sujet du message : Viala-Antona
Message non luMessage posté... : 10 mai 2007, 23:21 
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Le 10 mars 1976, l’avocat général Viala requiert la peine de mort à l’encontre de C. Ranucci. Plus tard, il déclarera qu’avant même d’avoir lu le dossier, il savait qu’il allait requérir la peine capitale dans cette affaire. Et cependant, de notoriété, chacun sait dans le milieu de la magistrature, que M. Viala est opposé à la peine de mort. (cf. : Le Pull-over rouge, page 258 : « Il avait alors la réputation établie d'être opposé à la peine capitale. »)

Ce même jour, les avocats de Christian Ranucci font part à la cour des doutes qu’ils ont relevés concernant la culpabilité de leur client, et notamment de la présence de cet homme au pull-over rouge qui sillonnait les cités quelques jours avant l’enlèvement et le meurtre de M. Dolorès Rambla. Ils font le lien justement avec un pull-over rouge retrouvé dans la champignonnière à quelques centaines de mètres du lieu de la découverte du corps. Les jurés ont donc désormais la connaissance de ces doutes.
Survient ensuite l’épisode Viala. En possession de 5 PV dont 4 signés de témoins des cités visitées par l’individu au pull rouge, il choisit volontairement de n’évoquer que le cinquième de ces PV, celui parlant d’un homme en pull-over VERT. En conséquence, on peut dire sans vraiment se compromettre que M. Viala a forcément lui aussi des doutes sur la culpabilité de C. Ranucci puisqu’il décide intentionnellement de cacher aux jurés les preuves qui entérinent les doutes soulevés par la défense.

Un peu plus tard, lorsque les jurés sont invités aux délibérations, le président Antona leur rappelle en introduction les propos du président de la république Valéry Giscard d'Estaing relatifs à la peine capitale. Celui-ci, en effet, avait déclaré le 11 avril 1974, en pleine campagne pour l'élection présidentielle, son «aversion profonde» pour la peine de mort. «Il suffit, déclarait-il, d'entendre les termes "la peine de mort" pour comprendre l'horreur de cette chose. » En d’autres termes le président Antona suggérait implicitement aux jurés : « vous pouvez voter la peine maximale, de toutes manières, il sera gracié »

A l’issue du délibéré, C. Ranucci est condamné à mort.

Le 17 mars 1976, le président Antona et l’avocat général Viala transmettent simultanément une lettre au Garde des Sceaux lui recommandant l’exécution de Christian Ranucci.

En fait, si l’on étudie un peu les circonstances de ce verdict, aucun de ces deux hommes ne veulent la mort du jeune condamné, l’un à l’appui de ses propres convictions abolitionnistes, l’autre parce qu’il est confiant dans les opinions déclarées du chef de l’Etat.

Alors pourquoi le premier requiert-il la peine capitale et le second pousse-t-il les jurés à la voter ? Tout simplement pour faire fléchir le président de la république !!!!!
Car si la grâce est accordée à un condamné reconnu coupable de l’enlèvement et du meurtre horrible d’une enfant de 8 ans, alors à qui pourrait-on refuser la grâce ? En conséquence, cette clémence présidentielle sonnerait le glas de toute exécution. Nos deux compères, certainement avec l’aval de certains membres de la magistrature entendent donc forcer la main du président de la république en vue d’une abolition officieuse de la peine de mort en France, en attendant que le parlement ne la rende officielle.

Mais tout ne se passe pas comme ils le souhaiteraient. En effet, le 22 avril 1976, Valéry Giscard d'Estaing revient sur ses propos du 11 avril 1974. Les termes qu’il emploie ne sont plus aussi définitifs concernant son « aversion ». Il déclare ainsi : « Je crois que nous devons faire en sorte que la vague de criminalité et de violence s'atténue en France, et ceci suppose un certain nombre de moyens de prévention et d'action. Cette vague ayant reculé, il deviendra possible, et, je dirai, nécessaire que la collectivité nationale se pose la question de la peine de mort sur laquelle, en ce qui me concerne, le moment venu, je donnerai ma réponse. ». Implicitement, la peine de mort continuera d’être prononcée et les exécutions pratiquées jusqu’à ce que reculent les « violences inadmissibles » ; ce n’est qu’ensuite que l’on pourra discuter de l’éventualité d’une proposition législative sur le thème de l’abolition.

Toutefois, concernant directement le cas de C. Ranucci, les deux magistrats M. Viala et M. Antona peuvent garder confiance. En effet, dans les cas de « violences inadmissibles » énumérées par le président ne figure pas le crime reproché à leur condamné.

Le 17 juin, malgré plusieurs fautes de procédures, et notamment la présentation tardive des 5 PV, le pourvoi en cassation est rejeté. Que s’est-il passé là encore ? Les magistrats de la cour de cassation, pour soutenir Messieurs Viala et Antona et peut-être d’autres membres du parquet, ont-ils voulu s’associer à leur quête de l’abolition en faisant eux aussi plier le président de la république pour lui faire signer la grâce de ce condamné. Ce faisant, il convenait de présenter un dossier complètement vicié dans son entière procédure, de l’enquête, en passant par l’instruction, le procès, les débats, la cassation. Un tel dossier miné à l’extrême ne pouvait qu’être accueilli favorablement par le chef de l’Etat. Celui-ci écrira par ailleurs, se souvenant de la visite Maître Lombard : « Je me suis senti glacé de crainte devant la manière, l'ultime manière dont son client était défendu. »

Et voilà ! La main est tendue vers le président qui ne devrait en de telles circonstances et devant un tel dossier ne pouvoir que choisir la clémence. Comment pourrait-il laisser la justice suivre son cours et faire exécuter un condamné clamant son innocence, jugé lors d’un procès à charge et dont on n’a pas voulu retenir les vices de procédure, et en outre mal défendu par ses avocats ?

Oui ; la main est tendue et même bien tendue puisque pour alléger les dernières hésitations du président de la République ou bien pour lui éviter d’avoir à s’expliquer sur son éventuelle décision de clémence dans le cadre de cette affaire, le conseil de la magistrature a du reste pris la précaution d’émettre un avis défavorable à l’exécution.

S’il signe la grâce, et il semble qu’on ait tout fait pour cela en haut lieu, c’est la mort de la peine capitale.

Christian Ranucci est exécuté le 28 juillet 1976.

En ne signant pas la grâce, le président a trahi les magistrats, les jurés, le peuple, et notamment tous les abolitionnistes qui avaient confiance en lui. Il a fait mettre à mort un jeune homme de 22 ans, mineur civil à l’époque des faits qui lui sont reprochés, et qui clamait son innocence.

Mais, d’après l’hypothèse que je propose ci-dessus, il en est deux qu’il a bien plus sûrement trahis : ce sont M. Viala et M Antona qui ont joué à la roulette russe avec la vie de Christian Ranucci.

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Message non luMessage posté... : 11 mai 2007, 11:16 
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La lecture de ce texte (très bien écrit, d'ailleurs) m'inspire exactement la conclusion : on a joué à la roulette russe avec la tête de Ranucci... :twisted: ::sitchy::

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 Sujet du message :
Message non luMessage posté... : 11 mai 2007, 11:36 
didi a écrit :
Mais, d’après l’hypothèse que je propose ci-dessus, il en est deux qu’il a bien plus sûrement trahis : ce sont M. Viala et M Antona qui ont joué à la roulette russe avec la vie de Christian Ranucci.


Merci pour ce long récapitulatif tellement précis, Didi.

Si ton hypothèse est la bonne, l'expression "roulette russe" est absolument appropriée.

Que te dire ? Il est possible qu'ils aient effectivement vu dans les déclarations de principe de Giscard dans sa campagne une possibilité de "tenir compte (traduisez "faire plaisir à") de l'opinion publique" chère à Viala, tout en se disant que CR serait de toute manière grâcié.

Quand je vois et entends le raisonnement de Viala, tout de même, je ne suis pas sûre que le sort de CR lui ait beaucoup tenu à coeur ..


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 Sujet du message : Réponse à didi
Message non luMessage posté... : 25 juil. 2007, 11:40 
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Ton analyse est intéressante Didi, mais je n'y souscris pas pour plusieurs raisons.
Dire que ni Viala ni Antona ne voulaient la mort de Ranucci, c'est un peu fort de café. Et je ne parle même pas du fait qu'ils se soient servis de Ranucci pour faire avancer leurs convictions abolitionnistes. Là on nage en plein délire !
Alors comme ça, ces braves MM. Viala et Antona ont tour à tour requis la mort (M. Viala, avant même de prendre connaissance du dossier savait qu'il allait requérir la peine capitale), l'ont prononcée et ont ensuite enfoncé le clou en recommandant au Président de la République de laisser la justice suivre son cours, tout ça pour sauver la vie de Ranucci et mettre fin à la peine de mort en France ? C'est à hurler de rire ! Et les jurés qui ont voté la mort, étaient-ils aussi de fervents abolitionnistes ?
De plus, on peut raisonnablement penser que des magistrats de ce niveau sont des gens un tant soit peu sensés. Auraient-ils pris le risque de faire exécuter Ranucci s'ils avaient vraiment voulu le sauver des griffes du bourreau ? Ce n'est pas très sérieux. Même s'ils estimaient que la grâce était certaine, ils ne pouvaient pas en être sûrs à 100%. Que savaient-ils des intentions de Giscard ? Ils ne pouvaient pas lire dans ses pensées ! Ils ne pouvaient pas non plus ignorer qu'une décision de grâce est un acte politique et donc, malheureusement souvent soumis aux aléas de la politique intérieure. En outre, si Giscard avait conservé la peine de mort, c'était pour en faire usage le cas échéant. Si la grâce de Ranucci paraissait acquise, il existait néanmoins un risque bien réel qu'elle lui soit refusée. Ce qui arriva.
Non, si MM. Viala et Antona avaient vraiment souhaité la fin de la peine de mort en France, ils auraient laissé la vie sauve à Ranucci. Viala n'aurait pas demandé sa tête et Antona ne l'aurait pas fait voter aux jurés. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour Patrick Henry. Sa condamnation à perpétuité, alors que selon nombre d'observateurs avisés son sort était scellé (il avait enlevé et assassiné un enfant pour de l'argent), a véritablement sonné le glas de la peine capitale dans notre pays. Si une cour d'assises ne condamnait pas à mort un criminel comme Henry, alors plus personne ne méritait la guillotine.
MM. Viala et Antona n'ont donc pas joué à la roulette russe avec la vie de Christian Ranucci. Ils l'ont délibérément envoyé à l'échafaud car, comme une opinion publique survoltée et chauffée à blanc, ils souhaitaient sa mort.


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Message non luMessage posté... : 25 juil. 2007, 11:46 
Je crains que Nick ait raison !


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 Sujet du message :
Message non luMessage posté... : 25 juil. 2007, 19:37 
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C'était une hypothèse de réflexion, c'est tout

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 Sujet du message :
Message non luMessage posté... : 26 juil. 2007, 08:09 
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didi a écrit :
C'était une hypothèse de réflexion, c'est tout

Tout à fait.

Certains font bien celle de la culpabilité de Ranucci sans apporter la moindre preuve (comment pourraient le faire d'ailleurs puisqu'il n'y a pas d'élément à charge avéré à proprement parler, mais seulement des indices qui conduisent à des présomptions).

Alors, pourquoi pas cette hypothèse-là ?

Cela dit, je n'y croyais pas du tout non plus mwink:


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Message non luMessage posté... : 26 juil. 2007, 10:04 
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Didi, loin de moi l'idée de critiquer tes efforts. Il est toujours intéressant de lire le fruit de la réflexion des autres membres de ce forume, même si l'on n'adhère pas à leurs thèses !


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Message non luMessage posté... : 26 juil. 2007, 20:08 
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Nick, ne vous en faites surtout pas ; j'avais bien compris votre message en ce sens :wink:

Vous avez donné votre point de vue sur la suggestion que j'avais rédigée et votre opinion est également très intéressante.

Je ne vais tout de même pas devenir susceptible à mon âge alors que je ne l'ai jamais été !!!!! :lol: :lol:

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