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MessagePosté : 04 nov. 2008, 09:29 
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Vaucluse : le blues des surveillants de prison


Mauvaise image, manque de moyens et de personnels, pénibilité de la mission, pression médiatique...


C'est une profession qui suscite nombre d'interrogations, de fantasmes en ces temps de suicides de détenus ultramédiatisés. Des prisonniers se donnent la mort dans leur cellule, et c'est toute une profession qui vacille, qui est montrée du doigt par les proches des défunts, par l'opinion publique.

Le rôle et la vie du surveillant pénitentiaire sont totalement méconnus du grand public. Ces femmes et ces hommes exercent une profession peut-être à la croisée des chemins si le surveillant du Pontet -poursuivi aujourd'hui pour "non assistance à personne en danger"dans l'affaire d'un suicide qui s'est produit en 2004 - venait à être condamné. Portrait croisé de deux surveillants, bien loin des "matons" d'antan. Ils nous ont raconté leur profession, leurs griefs, leurs doutes, leurs convictions et ont exprimé leur rancoeur, leur colère parfois, leur blues surtout...

Pas de vocation pour être surveillant

"Il n'y a pas de vocation à proprement parler pour faire ce métier, c'est la mission de service public qui m'a attiré en 2002," entame Paul Cassel, surveillant au Pontet et délégué syndical SNP-CFTC. "Je savais que cela serait difficile, mais c'était aussi un défi personnel. J'ai des principes et des valeurs, notamment le respect de la dignité humaine."

"Moi, j'étais contractuel dans l'Education nationale, j'ai rencontré quelqu'un et j'ai voulu par conséquent me stabiliser professionnellement en 2001. Un détenu est avant tout pour moi un être humain. Mon objectif permanent, c'est la bonne santé physique et psychologique de mes détenus, on a tous à y gagner en plus," explique Jean-Charles Matutes, délégué du syndicat UFAP.

Un emploi, quatre casquettes

"C'est très compliqué car nous avons deux missions, continue Paul Cassel. La première, c'est la sécurité et la bonne santé des détenus et la seconde, et elle est tout aussi importante, c'est notre rôle dans leur réinsertion. La prison n'est pas une fin en soi, elle ne doit être qu'une étape dans la vie d'un individu qui s'est égaré. Moi, j'ai envie d'y croire même si certains sont irrécupérables."

"Après le boulot, on se sent totalement épuisé nerveusement et physiquement car on a quatre casquettes en fait : assistant social, psychologue, docteur et surveillant ! Nous sommes constamment sollicités pour tout et n'importe quoi : du café, du sucre, une TV qui marche pas... C'est un quotidien déstructurant, on fait une nuit blanche tous les cinq jours. Il y a même une étude qui prouve qu'un surveillant de prison vit six à huit ans de moins que la moyenne nationale. Et puis, il y a les menaces et les insultes qui sont fréquentes," détaille Jean-Charles Matutes.

Un manque cruel de personnel

"Au Pontet, nous manquons cruellement de personnels, je pense qu'avec une quinzaine d'agents supplémentaires, nous mènerions une autre vie car, aujourd'hui, on fait au moins 25 à 30 heures de plus par mois. Le problème est qu'on nous demande toujours plus mais on ne nous en donne pas les moyens. Et puis, il y a aussi cette mauvaise image dont on pâtit dans la société alors qu'on nous demande de réussir là où tout le monde à échouer à l'extérieur de la prison," déplore le délégué UFAP.

Et les suicides ?


"On vit constamment avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. C'est très dur. Au quotidien, on détecte, on signale et on empêche des bagarres. Si vous saviez les dizaines de vies qui sont sauvées. Le nombre de gars, en train de se pendre, qu'on a décroché," lâche Jean-Cahrles Matutes. "Chaque suicide est pour nous une grande douleur. Mais on ne peut pas mettre un surveillant derrière chaque détenu. Nous faisons vraiment tout notre possible, avec nos moyens," conclut Paul Cassel.


L'ANALYSE du DRH Paca-Corse

"De plus en plus compliqué"

Nous avons interrogé le Directeur des Ressources humaines de la direction interrégionale.

- Quel atout doit présenter un candidat à la profession de surveillant pénitentiaire?

La vertu principale est d'avoir un équilibre psychologique suffisant pour supporter la tension de ce métier. Vous savez, ces personnels sont à la frontière du règlement et des êtres humains, ils doivent adapter la réponse qu'ils apportent à une situation en s'adaptant à la personnalité de l'individu auquel il s'adresse. Il faut beaucoup de discernement et de maturité, mais cette maturité ne va pas forcément de paire avec le nombre des années.

- Étant donné que cette profession ne jouit pas d'une très bonne image, existe-t-il une crise de la vocation ?

Non. Pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas vraiment de vocation de surveillant de prison. On y vient souvent pour entrer dans la fonction publique, en ces temps de crise la stabilité de l'emploi est devenue prioritaire. En général quand nous ouvrons un certain nombre de postes (ndlr: 1200 à 1400 au niveau national en 2009), nous avons le double de candidatures ce qui nous permet de faire notre choix. Nous attirons beaucoup de jeunes qui sortent du lycée notamment et pour qui c'est un premier emploi.

- Ce métier est-il plus compliqué à exercer qu'auparavant ?

Sans aucun doute. Il y a de plus en plus de détenus, et ces derniers sont, je crois, de plus en plus déstructurés au niveau psychologique. Aujourd'hui, la société accepte mieux la transgression que la discipline, c'est comme ça ! Mais je crois que c'est une profession où l'on peut parvenir à s'épanouir et à être valorisé. Ils abattent un dur travail et sauvent des vies bien que la presse ne parle que des suicides réussis. Les vies sauvées ne sont pas quantifiables elle. Il suffit d'une discussion pour faire prendre conscience certaines choses à un détenu. Qui ne passera pas à l'acte.


Source : La Provence


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